Soils Champions

Une femme ingénieur encourage de nouvelles approches de conservation des sols auprès des producteurs

Odette Ménard a fait carrière auprès des producteurs de l'Est du Canada en les aidants à prendre un nouveau regard sur la manière de gérer leur sol.

S'il y a un élément qui a défini la carrière d'Odette Ménard dans la conservation du sol, c'est sa passion - passion pour son travail, passion à aider les producteurs à découvrir les pratiques agricoles qui ont un minimum d'impact et la passion pour le sol lui-même.

Mais avoir seulement la passion, c'est souvent insuffisant pour convaincre les producteurs sceptiques de la vertu de certaines pratiques agricoles telles que le semis direct, en particulier dans l'Est du Canada, où elles sont souvent perçues comme des solutions applicables seulement dans les prairies. L'ingénieure agronome de Saint-Hyacinthe, Québec et intronisée au « Soil Conservation Hall of Fame » seconde sa passion avec sa volonté à mettre au défi les producteurs et à leur demander d'épineuses questions sur leurs pratiques agricoles afin d'ouvrir leur esprit à des nouvelles et différentes méthodes.

« J'essaie d'aider les producteurs à penser pourquoi ils fonts leur travail de la manière qu'ils le font ", dit-elle. " Prenez le labour par exemple. La charrue a été inventée pour trois raisons : le drainage, le contrôle des mauvaises herbes et l'amélioration de la fertilité du sol. Aujourd'hui, nous avons d'autres outils que le labour pour aider dans ces endroits problématiques. Donc, une de mes premières questions aux producteurs c'est " Pourquoi labourez-vous ? ". Quelques fois ils ne savent pas pourquoi, à part le fait qu'ils ont toujours travaillé le sol de cette manière. »

« Alors, je leur demande, " Êtes-vous celui qui prend des décisions ou êtes-vous seulement celui qui conduit le tracteur ? ". Principalement, c'est d'aider les producteurs à voir leur ferme d'une perspective agronomique. »

À la racine du problème

La conservation des sols n'était pas la priorité de Mme Ménard pendant qu'elle complétait sa maîtrise en génie agricole à l'Université McGill à Montréal. Malgré qu'il y avait quelques aspects de la conservation des sols dans sa formation, sa vraie passion pour le sol est venue lorsqu'elle a commencé à travailler aux champs en conservation des sols pour le Ministère de l'Agriculture, des Pêches et de l'Alimentation du Québec.

Parce que le semis direct est souvent perçu par les producteurs québécois comme une solution aux sols secs et par conséquent ayant une valeur limitée sur la majorité des sols humides, Mme Ménard a souvent eu à justifier le semis direct d'une autre façon que par l'érosion des sols. Pour elle, cela signifiait de miser sur la santé du sol.

« Je me suis aperçue que de nombreuses personnes géraient le sol avec une approche « au-dessus du sol » ou peut-être trois à quatre pouces sous la surface » mentionne-t-elle. « Les gens ne pense pas à ce qui se passe sous le sol au niveau des racines. Je voulais leur montrer l'efficacité générée par un sol laissé à lui-même ».

La clé a été son étude sur le rôle des vers de terre dans le sol. « Lorsque le sol est en santé, la première chose que l'on remarque c'est une population plus nombreuse de vers de terre », dit-elle. « Les vers de terre font de nombreuses choses pour le sol, mais la principale c'est qu'ils stabilisent le sol en le digérant et en le combinant avec la matière organique ce qui laisse le sol moins vulnérable à l'érosion. Ils créent aussi beaucoup d'espace pour les racines et l'air, aidant ainsi à donner un environnement idéal pour les microorganismes de croître. »

La clé, dit Mme Ménard, c'est s'assurer qu'il y a assez de matière organique sur la surface du sol pour nourrir les vers de terre. La meilleure façon de produire cette matière organique c'est d'éviter le labour, mentionne-t-elle. « Le labour conventionnel inverse le processus en amenant loin des vers de terre la nourriture dont ils ont besoin pour survivre et faire leur travail. »

Convaincre les producteurs

« Ultimement, le plus important sol à fertiliser se trouve entre les deux oreilles », dit Mme Ménard, en faisant référence au défi de convaincre les producteurs de laisser tomber le labour conventionnel pour le semis direct, un processus qui requiert un engagement et une envie d'apprendre par essais et erreurs pendant une période qui peut souvent représenter plusieurs années.

« Il faut donner aux gens assez de temps pour effectuer les changements parce que cela prend du temps de passer complètement d'un système à un autre. Pour les producteurs, je recommande qu'ils utilisent la « règle un-cinq » : un an pour penser à la stratégie de changer pour le semis direct et cinq ans pour le processus de transition et mesurer les progrès. On ne peut pas s'attendre à voir des améliorations drastiques du semis direct après seulement un an. »

Quelques fois, les producteurs sont intimidés par l'investissement qu'engendre ce processus d'essais et erreurs. C'est pourquoi Mme Ménard recommande de travailler étroitement avec des agronomes et d'autres spécialistes en sol pour s'assurer qu'ils obtiennent le meilleur du temps et de l'effort qu'ils ont investis. « Ultimement, ce seront les racines qui montreront aux producteurs la quantité et la qualité qu'ils ressortiront du sol », dit-elle. « La clé, c'est de chercher pour ceux qu'ils leur fourniront une interprétation appropriée. »